Silya en mode confession pour Al Jazeera

La chanteuse et activiste du mouvement social de la région du Rif est revenue sur sa récente expérience en prison. Photo : Reuters.

La chanteuse et activiste du mouvement social de la région du Rif est revenue sur sa récente expérience en prison.

La chanteuse et activiste du mouvement social de la région du Rif, Salima Ziani, n’en finit visiblement plus d’être sollicitée par les médias aussi bien nationaux qu’internationaux depuis sa sortie, le 29 juillet, de prison. Après notamment le quotidien américain « The New York Times », qui l’a rencontrée dans son fief de la ville d’Al Hoceima pour un article paru dans son édition du dimanche 27 août, cette fois elle s’est livrée à l’exercice de l’interview pour le site web de la chaîne qatarie « Al Jazeera ». Et c’est d’ailleurs l’auteure dudit article, Aida Alami, correspondante au Maroc de plusieurs médias internationaux, qui l’a réalisée avec elle.

« Silya », comme beaucoup de monde la connaît, s’explique d’abord sur les raisons qui l’ont poussée à faire partie du mouvement.

Quand [M.] Mouhcine Fikri (le poissonnier dont le décès broyé par un camion de ramassage d’ordure avait conduit au début du mouvement, ndlr) est mort, j’ai ressenti un fort besoin d’exprimer ma tristesse. J’ai manifesté pour parler pour moi-même. Cette façon horrible avec laquelle il est mort nous a permis à tous de parler, d’exprimer nos plaies. Mon cœur saignait au regard de la façon avec laquelle il a été broyé par un compacteur à ordures. Fikri nous a permis de nous réunir en tant que personnes du Rif. Nous étions déjà opprimés, mais sa mort a été un comble.

La chanteuse revient ensuite sur son arrestation.

J’ai été arrêté en juin, une semaine après que [M.] Nasser Zefzafi, le leader du mouvement, ait été mis sous écrou. J’étais avec deux de mes amis dans un taxi lorsque deux voitures ont bloqué la route. Des hommes en civil sont descendus des véhicules et m’ont emmené avec eux. Ils n’ont pas dit qu’ils étaient de la police et ont utilisé un langage obscène. Quand j’ai vu le poste de police, j’ai été soulagé de constater que c’était en fait la police. La façon dont ils m’ont traité était sévère et j’ai décidé de l’accepter. Je n’ai pas parlé et je n’ai pas répondu.

Et de continuer :

Ils étaient tellement en colère contre moi, je sentais comme si j’étais entre les mains d’un ennemi. Ils m’ont mis dans un camion et m’ont emmené [dans la ville de] Casablanca (pour être interrogée par la brigade nationale de police judiciaire, à l’instar des principaux meneurs du mouvement du Rif). Le trajet a eu lieu de nuit et a duré environ 13 heures. Pendant ce temps, ma famille me cherchait. On leur a dit que je n’étais pas en garde-à-vue.

Si elle se dit aujourd’hui soulagée d’être libre, après une expérience en prison qu’elle confesse avoir été difficile – elle viendrait d’arrêter un traitement aux antidépresseurs et aux somnifères -, Mme Ziani déclare avoir toujours une pensée pour ses compagnons en activisme encore écroués. Et d’après elle, le mouvement est loin d’être terminé.

Non, ce n’est pas fini, et c’est parce que nous aimons notre pays – nous allons nous battre pour notre pays. Si quelque chose nous fait mal, nous parlerons.

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