« Terrorisme né au Maroc. » La dernière couverture de « Jeune Afrique » fait scandale

Beaucoup n'ont pas accepté que l'hebdomadaire français "Jeune Afrique" mette en exergue la marocanité des auteurs présumés des attaques terroristes de Catalogne. Photo : DR.

Beaucoup n’ont pas accepté que l’hebdomadaire français « Jeune Afrique » mette en exergue la marocanité des auteurs présumés des attaques terroristes de Catalogne.

Update : « Jeune Afrique « a officiellement réagi sur son site web à la polémique en précisant qu’elle n’avait jamais eu dans l’idée de stigmatiser les Marocains. « En aucun cas, nous nous serions permis de verser dans ces allusions qui n’ont rien à voir avec la réalité d’un pays que nous connaissons très bien, » affirme l’hebdomadaire.

L’hebdomadaire français « Jeune Afrique » a, pour le moins, lancé un pavé dans la marre en mettant en exergue, dans la couverture de son dernier numéro, la marocanité des auteurs présumés des attaques terroristes de Catalogne

Beaucoup l’ont, pour ainsi dire, mal pris. Le journal a ainsi essuyé, sur les médias sociaux, les foudres de nombre d’internautes, dont certains y voient une stigmatisation des Marocains.

Le qualificatif de « torchon » a notamment volé.

Beaucoup ont notamment tenu à préciser que si les terroristes présumés sont bien « Born in Morocco » (nés au Maroc, en langue anglaise), ils n’en seraient pas moins le produit des politiques des pays européens, où la plupart ont grandi et sont également ressortissants.

Certains se demandent pourquoi « Jeune Afrique » n’avait par exemple pas autant souligné la tunisianité de l’auteur des attaques de la ville de Nice, en France, de la mi-2016…

… parce que le fondateur du journal, Béchir Ben Yahmed, est Tunisien ?

D’autres préférent rappeler que les Marocains ne sont pas tous terroristes.

Il y en a cependant qui trouvent un fond de vérité dans la couverture.

« Jeune Afrique » n’est pourtant pas ce qu’on peut dire un titre hostile au Maroc. Au contraire, on lui prête d’excellentes relations avec le pouvoir marocain, et même un traitement de faveur réciproque impliquant notamment le directeur de la rédaction du journal, François Soudan.

« Le grand blond normand, comme l’appellent familièrement ses amis, est royalement accueilli. Logé dans les meilleurs palaces, François Soudan dispose pendant tout son séjour au Maroc d’une voiture et d’un chauffeur 24 heures sur 24, » assurait en 2005 le défunt « Le Journal hebdomadaire ».

Il a en tout cas souvent droit aux indiscrétions exclusives de responsables nationaux, dont justement, dans le numéro incriminé, du ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita.

Une mouche aurait-elle donc piqué le journal ?

Réagissant sur le journal électronique « HuffPost Maroc », M. Soudan a mis en cause ce qu’il considère comme de l’emballement de la part des internautes.

« Le titre ‘Born in Morocco’, et non ‘Made in Morocco’, la nuance ne vous aura pas échappé, est explicité dans les trois lignes de cover qui suivent: ‘Nés au coeur du royaume’ -ce que tout le monde sait- ‘radicalisés en Europe’ -et non au Maroc-, recrutés par Daesh », rappelle François Soudan.

Le directeur des rédactions de « Jeune Afrique » renvoit notamment à l’article de couverture ainsi qu’à l’éditorial qu’il a, dans le même numéro, consacré au dernier discours du roi et du peuple.

« L’édito (‘Le Discours d’un roi’) et le reportage qui suivent, expliquent on ne peut plus clairement qu’en dehors de leur lieu de naissance, les terroristes (…) avaient coupé tout lien avec le royaume. Leur radicalisation s’est effectuée en Europe, dans un contexte spécifiquement européen », ajoute François Soudan.

Et effectivement, en lisant le dossier, on trouve le propos on ne peut plus sans équivoque.

Suggérer, comme l’ont fait des journaux espagnols ou britanniques, que le Maroc se débarrasserait de ses jihadistes en facilitant leur émigration vers l’Europe, voire qu’il existerait une sorte de prédisposition génétique des Marocains à l’extrémisme, n’a (..) aucun sens.

Rappelons par ailleurs que « Jeune Afrique » emploie de nombreux Marocains dans sa rédaction, à l’instar de l’ancien directeur de publication de l’hebdomadaire « TelQuel », Fahd Iraqi, ou encore l’ancienne rédactrice en chef du mensuel « Économie Entreprises », Nadia Lamlili.

Comme l’a signalé M. Soudan, d’autres médias avaient, dans la foulée des attaques de Catalogne, également fait polémique au Maroc pour, là aussi, ce qui a été considéré comme un arrangement avec la réalité du pays.

C’est le cas du quotidien britannique « The Guardian », qui avait titré dans son édition du 19 août sur les « terroristes marocains » de l’organisation de l’État islamique qui présenteraient une « menace à la porte de l’Europe ».

Jusqu’à 1.000 jihadistes seraient clandestinement rentrés au Maroc et en Tunisie depuis les champs de bataille du califat en débandade de l’État islamique. Environ 300 seraient retournés au Maroc, d’où six des douze terroristes qui ont mené les attentats en Catalogne auraient transité.

Ce qui lui a valu un droit de réponse pour le moins cinglant du journal électronique « Morocco World News ».

Les allégations réductrices, mal informées et douteuses de l’article, dans sa tentative de représenter le Maroc comme un foyer dangereux du terrorisme, finissent par rater le coche, ce qui néglige la problématique plus grande du terrorisme européen domestique.

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